Extraits des éclarations des Chefs de Délégation

au cours de la signature des statuts du Conseil de l'Europe

le 5 mai 1949 à Londres

(Source : Annexes du compte-rendu de la conférence sur la création d’un Conseil de l’Europe Palais Saint-James, Londres, du 3 au 5 mai 1949)

 

Il est intéressant de lire ces extraits de déclarations. Faites par les signataires du premier traité participant à son élaboration, elles nous rappellent l’état d’esprit dans lequel ses premières bases ont été posées. On y retrouve des idéaux bien souvent oubliés dans les débats d’aujourd’hui… Se remémorer les aspirations et les buts à la base de la construction de l’Europe est une occasion d’approfondir notre questionnement afin de réfléchir au sens que nous voulons lui donner pour le futur.

 

1 Déclaration de l'ambassadeur de Belgique

 

La Belgique est heureuse de pouvoir, en cette heure solennelle de l'histoire, apposer sa signature à l'acte constitutif du Conseil de l'Europe. Elle a le ferme espoir de voir poser aujourd'hui les bases d'une construction encore modeste, mais qui deviendra, avec le temps, un édifice solide et grandiose capable de donner asile à la civilisation européenne et à la paix du monde. Elle se rend clairement compte de la nécessité absolue d'établir entre les nations européennes une union plus intime, faite de compréhension et de bonne volonté, et qui seule permettra de préserver, à l’avenir, la paix et de sauvegarder les valeurs morales, spirituelles et sociales qui ont été jusqu’à présent, l’apanage de la civilisation européenne.

 

2. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères du Danemark

 

La force spirituelle de l'Europe occidentale repose sur la foi dans la liberté démocratique. Il sied, en conséquence, de mettre l'accent sur le fait que le nouveau Conseil de l'Europe ne sera pas seulement un instrument pour resserrer les liens entre les pays européens, mais qu'il constituera en même temps un moyen de défense des idéaux démocratiques qui sont notre patrimoine commun. J'ai l'espoir que cette tentative en vue d'unifier l'Europe démocratique dans un but pacifique marquera le point de départ vers une coopération encore plus étroite entre les pays qui y souscrivent à l'heure actuelle.

 

3. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères de France

 

Aujourd'hui, nous jetons les fondations d'une coopération spirituelle et politique, de laquelle naîtra l'esprit européen principe d'une vaste et durable union supra-nationale. Cette union n'aura ni pour but, ni pour conséquence, d'affaiblir le lien national. La diversité et l'originalité des apports que feront les pays membres à leur communauté, fourniront, au contraire, l'aliment essentiel des travaux de l'association européenne et rendront possible la conciliation entre l'indispensable dynamisme et les considérations d'une prudence réaliste.

 Nous n'entendons ni renier notre passé propre, ni compromettre l'élan de nos aspirations particulières que nous nous bornerons à coordonner dans le cadre d'une immense œuvre commune.

C'est sur le sol français que se trouvera le siège de notre organisation. La France vous sait gré de ce choix qui est pour elle un honneur et un témoignage de confiance. Elle s'est toujours senti une vocation d'apostolat. Nos révolutionnaires ont porté an-delà de nos frontières le nouveau message de liberté qui est devenu le bien commun de l'humanité contemporaine. Dans leur zèle, ils n'ont pas toujours su se maintenir dans la limite des méthodes pacifiques. Nous ne subirons pas pareille tentation ; l'exemple et la persuasion seront nos seuls moyens dans une entreprise qui sera exclusivement pacifique et constructive. Nous ne menacerons personne en nous associant en vue d'une aide mutuelle; mais nous servons en même temps l'Europe dans son ensemble en créant le noyau d'une Europe renouvelée, régénérée dans les épreuves communes et consciente de son éternelle mission civilisatrice.

 

Conseil de l'Europe, Londres 1949
Conseil de l'Europe, Londres 1949

4. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères d'lrlande

 

Au nom de l'Irlande, j'accueille avec une profonde satisfaction ce premier pas vers un plus grand degré d'unité en Europe. Pendant que, dans ce pays, ce que nous appelons la civilisation a fait d'énormes progrès sur le plan matériel, les principes moraux qui constituent la base de notre civilisation chrétienne ont, dans une certaine mesure négligés et oubliés. Il en résulte que les fondements mêmes sur lesquels repose la société ne se sont jamais trouvés aussi ébranlés. Cette leçon se dégage clairement des deux dernières guerres et des périodes qui les ont suivies. Cela est dû en grande partie au fait que nous n'avons pas compris que le progrès matériel et scientifique, à moins d'être accompagné d'un affermissement des principes moraux qui lient la société, ne peut que mener la société au bord du précipice.

 

Nous avons tenté, au moyen de ce statut, de créer un cadre à l'intérieur duquel l'évolution de la conscience européenne garantira l'utilisation du progrès matériel pour le bien de l'humanité et non dans des buts de destruction, de rivalité ou de domination. Les peuples aspirent à la paix et à la sécurité économique et sociale. Une lourde responsabilité pèse sur nous, représentants de cette partie du monde, qui devons assurer la réalisation de cette aspiration. Dans la mesure où le Conseil de l'Europe y contribue, sa création constitue un premier pas d'une importance vitale.…Dans l’Europe démocratique, c'est notre devoir immédiat et manifeste d'apporter un espoir et une confiance renouvelés à tous ceux qui sont épris de liberté dans le monde. Que le Tout-Puissant nous donne la sagesse et le courage de guider nos peuples vers une nouvelle ère de coopération fondée sur la paix, la justice et la charité.

 

5. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères d'Italie

 

C'est notre ferme désir que 1’Union, à laquelle nous avons décidé de donner le titre plutôt simple de "Conseil de l'Europe," prouve bientôt au monde qu'elle sert la paix et qu'elle contribue à l'organisation du vieux Continent. Nous réussirons si nous arrivons à créer une Europe dans laquelle les frontières seront tracées, non à l'encre, mais au crayon. Nous réussirons si nous nous souvenons toujours que l'histoire est le cimetière des nations qui n'ont pas su avoir le courage d’affronter l'avenir. L'histoire devrait nous enseigner aujourd'hui que notre devoir est d'organiser l'Europe et d'en supprimer ses compartiments étanches de façon à y relever le niveau de bien-être général. La seule manière d'être égoïste avec intelligence, c'est d'être généreux. C'est pour notre propre bien que chacun de nous saura consentir des sacrifices si cela est nécessaire.

 

6. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères du Luxembourg

 

En constituant le Conseil de l'Europe nous posons les premiers jalons sur la route vers l'union européenne. La grande idée d'une Europe unifiée, considérée hier encore comme une  utopie, sort aujourd'hui du domaine des espérances pour entrer dans la phase des réalisations. Le chemin à parcourir sera long et semé de difficultés. L'œuvre que nous entreprenons avec tant de prudence….demandera beaucoup de patience, de bonne volonté et de compréhension réciproque. Elle ne deviendra une réalité qu'au prix de sacrifices consentis mutuellement à la cause commune et à condition qu'elle soit soutenue par la foi agissante de nos peuples. Ce sera la tâche et la responsabilité de l'Assemblée Consultative de créer et d'entretenir cet état d'esprit européen.

A Strasbourg, ville de vieille civilisation européenne, l'Europe disposera désormais d'une tribune où, j'en suis sûr, ne seront prononcées que des paroles d'apaisement et de solidarité et qui permettra de donner tout le retentissement désirable aux idées qui sont à la base de notre civilisation commune. L'Europe veut s'unir. La douloureuse expérience de deux conflits mondiaux a rendu l'atmosphère plus propice que jamais au rapprochement des peuples démocratiques. L'Europe doit s'unir, si elle veut survivre et maintenir dans le monde, tel qu’il s'est formé après la dernière guerre, la place qui a été si glorieusement la sienne dans l'histoire de l'humanité.

 

7. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères des Pays-Bas.

 

Les Pays Bas accueilleront le document que nous signons aujourd'hui comme un grand pas vers la réalisation d'un désir largement partagé. Nous nous engageons sur cette voie de façon irrévocable. A l'avenir, il nous faudra avancer dans la direction d'une unité toujours plus étroite. Confiant qu'avec l'aide de Dieu nos efforts seront couronnés de succès, je suis fier de signer le Statut du Conseil de l'Europe au nom des Pays-Bas.

 

 

8. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères de Norvège

 

Par la création du Conseil de l'Europe, nous reconnaissons solennellement ce que nous savons tous depuis la dernière guerre mondiale au moins, c'est-à-dire que les nations européennes ne peuvent plus se permettre de vivre en désaccord ou en état de conflit les unes avec les autres. La civilisation moderne, avec ses nouveaux moyens de communication et la nouvelle base technique de notre système économique, est en train de rendre très rapidement démodé notre régime actuel de souveraineté nationale. Si l'Europe veut survivre et jouir des bienfaits de la technique moderne, il nous faut nous unir et trouver les moyens d'encourager la solidarité entre nations dans tous les domaines de l'activité humaine.

Le Statut que nous signons aujourd'hui ne constitue que le cadre, la base sur laquelle pourra être construite une organisation vivante. La partie la plus importante reste encore à faire. C'est notre volonté de compréhension et de tolérance mutuelle qui décidera si, oui ou non, cette organisation deviendra une réalité vivante. Cela ne dépend pas seulement de ceux qui sont présents ici aujourd'hui. Nous avons besoin de l'appui enthousiaste et intelligent des peuples de tous les Etats-membres.

 

9. Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères de Suède.

 

Comme c'est le cas dans beaucoup d'autres pays, nous avions le sentiment en Suède qu'il ne fallait rien négliger qui pût contribuer à accroître la collaboration entre pays européens unis par une même civilisation. …Ce Conseil de l'Europe doit être une union des démocraties européennes qui acceptent les principes de la prééminence du droit des libertés fondamentales et des droits de l'homme. Son programme comportera l'encouragement par les Etats-membres du progrès économique et social.

 

10. Déclaration du Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères du Royaume Uni

 

Tout comme mes collègues, je désire exprimer ma conviction que l'occasion présente est d'un caractère véritablement historique. Le Statut que nous signons aujourd’hui est le fruit de nombreux mois de négociations amicales entre dix des principaux pays de l'Europe occidentale. Cet accord jette les fondements de quelque chose de nouveau, d’un nouvel espoir dans la vie européenne. Nous sommes les témoins aujourd'hui de la création d'une institution démocratique commune, dans ce vieux continent d'Europe.

 

Personne ne saurait prédire l'avenir de l'expérience que nous tentons, mais nous y mettons tous notre espoir, dans la conviction que l'organisation que nous établissons nous aidera à créer une plus grande mesure d'unité entre nos peuples et à réaliser nos idéaux communs. J'ai dit que c'était une occasion historique, et c'en est réellement une.

 

A mon collègue français, je voudrais dire que le moment principal, le moment symbolique sera celui où le Conseil de l'Europe se réunira pour la première fois sur le sol historique de l'Alsace-Lorraine, d’ici quelques mois. Ce moment sera celui où la ville de Strasbourg, qui à travers sa longue histoire, a été la victime des rivalités qui mettaient aux prises les nations européennes, deviendra le théâtre d'un nouvel effort de conciliation et d'unité.…Je suis réellement heureux que le sort m'ait désigné pour signer ce traité au nom de la Grande Bretagne.